Synergies locales : quand l’économie redevient une dynamique humaine vivante locales

14 Jan 2026

Quand l’économie redevient une dynamique humaine vivante

Les synergies locales ne sont ni un concept abstrait ni une mode économique : elles émergent lorsque des femmes et des hommes mettent en commun leurs compétences, leurs besoins et leur vision sur un territoire donné.

Quand l’économie redevient une dynamique humaine vivante « L’économie n’est pas une science des choses, mais une science des relations entre les hommes. »
— John Maynard Keynes

1. Le marché comme expression directe de la dynamique humaine

On parle souvent du marché comme d’un système extérieur à nous, presque autonome, avec ses règles propres, ses tensions, ses crises, ses opportunités. Comme si le marché existait “quelque part”, indépendamment des femmes et des hommes qui le composent. Or cette lecture est fausse dès le départ. Le marché n’est rien d’autre que la résultante directe des besoins humains, cumulés, organisés, amplifiés par le nombre. Il ne flotte pas au-dessus de nos têtes : il est produit par nos décisions quotidiennes, nos priorités, nos manques, nos élans, nos peurs et nos désirs.

Autrement dit, le marché, c’est nous. À l’échelle individuelle, cela paraît évident : j’ai besoin de me nourrir, de me loger, de me protéger, de travailler, de créer des liens. À l’échelle d’un groupe, cela devient une dynamique structurée. À l’échelle d’un territoire, une économie locale. À l’échelle mondiale, un système complexe. Mais le moteur reste strictement le même. Tant que l’on oublie cette évidence, on traite les effets sans jamais revenir à la cause. Et quand on oublie que l’homme est au centre du marché, on finit par construire des systèmes qui fonctionnent contre lui au lieu de fonctionner avec lui.

2. La pyramide de Maslow comme grille de lecture universelle du marché

« Ce que l’homme peut être, il doit le devenir. »
— Abraham Maslow

Pour rendre cette dynamique lisible, il faut une grille simple, partagée, compréhensible par tous. La pyramide de Maslow remplit parfaitement ce rôle. Elle n’est ni parfaite, ni exhaustive, mais elle a une qualité essentielle : elle décrit des lois humaines universelles. À sa base, les besoins physiologiques. Non pas simplement manger ou boire, mais tout ce qui rend cela possible : produire, transporter, transformer, stocker, distribuer. Autrement dit, dès le premier niveau, nous sommes déjà dans une économie structurée, massive, vitale.

Vient ensuite la sécurité. Sécurité des personnes, des biens, des infrastructures, des matériaux, des logements, des organisations. Là encore, il ne s’agit pas d’un concept abstrait : c’est un marché colossal, parce que l’insécurité mobilise immédiatement l’attention humaine. Puis viennent les dynamiques d’appartenance : la famille, le groupe, l’entreprise, la ville, le territoire. Ces niveaux obéissent à des lois précises. Quand elles sont respectées, les groupes prospèrent. Quand elles sont ignorées, les tensions apparaissent. La pyramide de Maslow permet ainsi de relier de façon directe les besoins humains, les comportements collectifs et les marchés qui en découlent, sans idéologie, sans discours moral, simplement par observation du réel.

Le sommet de la pyramide : de la reconnaissance à la maîtrise de soi

« L’homme réellement puissant est celui qui se maîtrise lui-même. »
— Carl Gustav Jung

Si l’on pousse la pyramide de Maslow jusqu’à son sommet, on ne trouve pas des individus “au-dessus” des autres, ni des êtres arrivés à une quelconque forme de supériorité. On trouve d’abord, très simplement, un besoin de reconnaissance. Le besoin d’obtenir un écho. L’écho de sa valeur dans le regard des autres, l’accusé de réception de ce que l’on apporte, de ce que l’on vaut, de ce que l’on incarne. Cette reconnaissance n’est pas un caprice narcissique, elle est une étape structurante. ( Elle peut Cependant être un piège pour l’ego ou un outil de manipulation sans trop savoir d’ailleurs qui manipule qui) Mais surtout, elle permet de valider que la contribution est réelle, perçue, utile. Tant que ce besoin n’est pas satisfait, l’individu reste dépendant du regard extérieur pour se situer.

Puis, progressivement, à mesure que les besoins des strates inférieures sont stabilisés — sécurité, appartenance, contribution — quelque chose bascule. On franchit un cap. La reconnaissance extérieure cesse d’être un moteur principal. L’individu commence à prendre en main son propre développement. Non pas contre les autres, mais indépendamment de leur validation permanente. C’est là que se situe ce que l’on pourrait appeler un véritable statut de maître. Pas une maîtrise sur les autres — vous l’avez compris — mais une maîtrise sur soi. Sur ses choix, ses orientations, ses valeurs, son éthique.

À ce stade, l’individu devient le gardien de sa propre porte. Il choisit ce qu’il laisse entrer, ce qu’il refuse, ce qu’il nourrit, ce qu’il développe. Il ne subit plus sa trajectoire, il l’oriente. Il peut alors expérimenter la vie à partir de décisions conscientes, alignées, assumées. Ce n’est pas un état de retrait du monde, c’est au contraire une capacité accrue à y contribuer sans s’y perdre. Et c’est précisément ce niveau de maturité humaine qui conditionne la qualité des décisions, qu’elles soient personnelles, managériales ou sociétales.

3. L’être humain comme être fondamentalement social

« L’homme est par nature un animal politique. »
— Aristote

Il faut rappeler une chose simple, mais souvent oubliée : l’être humain ne survit pas durablement en dehors du groupe. Ce n’est ni une opinion ni une posture idéologique, c’est un fait anthropologique. L’isolement prolongé détruit l’individu, mentalement et physiquement. Les sociétés humaines se sont construites autour de cette réalité biologique et sociale. La famille est la première structure de survie, puis viennent le clan, le village, la cité, l’organisation, l’entreprise. À chaque niveau correspondent des règles implicites, des équilibres, des rôles et des responsabilités.

Lorsqu’un groupe respecte ces lois naturelles, il prospère. Lorsqu’il les nie, il se fragilise. Les crises sociales, économiques ou organisationnelles ne sont jamais le fruit du hasard. Elles sont toujours le symptôme d’un désalignement entre les lois du vivant et les systèmes que nous avons construits. Le marché, là encore, n’échappe pas à cette règle. Il est l’expression directe de la capacité — ou de l’incapacité — des groupes humains à coopérer efficacement dans un cadre structuré.

La famille comme organe du corps social

« La famille est la première société naturelle, et c’est d’elle que dérivent toutes les autres. »
— Aristote

Si l’on observe le corps social avec un regard vivant et non idéologique, une évidence s’impose : la famille n’est pas un simple regroupement affectif ou administratif d’individus. Elle est un organe à part entière, doté d’une fonction précise, vitale, structurante. À l’image d’un organe biologique, la famille remplit une mission irremplaçable : produire, accueillir, protéger et éduquer le vivant humain. Elle est le premier espace où la vie humaine n’est pas seulement produite biologiquement, mais accompagnée dans sa mise en forme.

Au cœur de cet organe se trouve une cellule particulière, une cellule souche sociale : l’union féconde d’un homme et d’une femme. Non pas réduite à une convention culturelle, mais comprise comme un dispositif naturel de génération. Cette cellule souche ne fabrique pas seulement des corps, elle engendre des trajectoires humaines. Elle initie un processus long, délicat, exigeant : transformer un organisme biologique immature en un être humain capable de relation, de langage, de responsabilité et de choix.

La famille comme matrice éducative primaire

« Ce que l’on ne reçoit pas dans la famille, on passe sa vie à le chercher ailleurs. »— Boris Cyrulnik

La famille est le premier lieu où s’exercent les processus fondamentaux du vivant social : le soin, la protection, la transmission, la régulation émotionnelle, l’apprentissage des limites, de la coopération et de la morale. Elle est, sauf pathologie majeure, un espace naturellement imprégné d’amour, d’entraide et de solidarité. Tout ce qui s’y vit résonne immédiatement sur chacun de ses membres. Chaque parole, chaque geste, chaque absence ou chaque présence y produit des effets systémiques.

C’est dans cet espace que l’enfant construit ses premières cartes du monde. Non pas à travers des discours abstraits, mais par imprégnation. Il apprend ce qu’est la sécurité ou l’insécurité, la confiance ou la méfiance, la stabilité ou le chaos, bien avant de savoir les nommer. La famille agit ainsi comme un incubateur de structures internes, qui conditionneront ensuite la capacité de l’individu à s’insérer harmonieusement dans des structures plus larges : l’école, l’entreprise, la cité.

Une structure fractale dans le temps

La famille ne se limite pas au noyau parents-enfants. Elle s’inscrit dans une continuité générationnelle. En amont, les parents, les grands-parents, parfois les arrière-grands-parents ; en aval, les enfants, les petits-enfants, les arrière-petits-enfants. Elle forme une structure fractale, où chaque génération porte les traces, conscientes ou non, de celles qui la précèdent, et prépare le terrain de celles qui suivront.

Ce caractère fractal explique une réalité souvent incomprise : une famille ne transmet pas seulement des valeurs explicites, elle transmet aussi des structures éducatives, des modèles relationnels, des manières d’aimer, de poser des limites, de gérer les conflits ou de les fuir. Lorsqu’un dispositif éducatif est dégradé à une génération, il tend à se reproduire, non par malveillance, mais par absence de modèle fonctionnel alternatif.

Le cercle vicieux de la dégradation éducative

C’est ici que se révèle l’un des drames silencieux de nos sociétés modernes. Beaucoup de parents d’aujourd’hui ont eux-mêmes été partiellement privés d’une éducation structurante. Ils n’ont pas appris à être parents, parce que leurs propres parents, parfois, ne l’avaient pas appris non plus. Malgré l’amour sincère qu’ils portent à leurs enfants, ils se retrouvent embarrassés, démunis, sans repères solides pour exercer leur rôle éducatif.

Ce phénomène crée un cercle vicieux : une famille fragilisée produit des individus fragilisés, qui peinent ensuite à faire fonctionner les structures collectives, lesquelles, à leur tour, fragilisent encore davantage la famille. Lorsque l’organe familial est affaibli, c’est tout le corps social qui entre en état de dysfonctionnement. Il suffit d’observer l’état de délabrement relationnel, éducatif et écologique de la planète pour en mesurer les conséquences.

Pourquoi la famille reste la clé

« La famille n’est pas faite pour rendre heureux, mais pour rendre possible. »
— Françoise Dolto

Aucune réforme institutionnelle, aucun dispositif technocratique ne peut remplacer la fonction organique de la famille. On peut compenser, soutenir, réparer partiellement, mais jamais substituer. La famille est le seul lieu où l’éducation peut être à la fois continue, incarnée, affective et structurante. Elle est le seul espace où l’humain est accueilli comme une fin, et non comme un moyen ou une variable statistique.

Comprendre la famille comme un organe vivant, porteur d’une cellule souche sociale et inscrit dans une logique fractale, change radicalement la lecture des crises contemporaines. Ce n’est pas seulement une question morale ou idéologique. C’est une question structurelle, presque anatomique. Quand un organe ne fonctionne plus, le corps entier souffre.

4. Point d vue complémentaire : La reconnaissance comme pivot de la dynamique humaine

« La dignité de l’homme réside dans sa capacité à se donner ses propres lois. »
— Emmanuel Kant

La reconnaissance est un levier central, souvent mal compris. Il existe une reconnaissance externe : les titres, les statuts, les décorations, les signes visibles de réussite. Elle a son utilité, mais elle reste fragile et dépendante du regard des autres. Et puis il y a un autre niveau, plus déterminant : la reconnaissance interne. Celle qui ne dépend pas d’une validation extérieure, mais de la cohérence entre ce que l’on fait, ce que l’on pense et ce que l’on estime juste.

Le passage de l’une à l’autre marque un seuil de maturité. À ce stade, l’individu n’agit plus uniquement pour être reconnu, mais parce qu’il sait pourquoi il agit. Cette autonomie intérieure permet de prendre des décisions alignées, y compris lorsque celles-ci ne sont pas immédiatement populaires. C’est à ce niveau que l’éthique cesse d’être un discours pour devenir une boussole opérationnelle. Et c’est précisément ce type de posture qui conditionne la qualité des décisions, aussi bien dans une organisation que dans une économie au sens large.

5. Recevoir et donner : la loi fondamentale de toute économie vivante

« La vie ne se conserve qu’en se donnant. »
— Henri Bergson

Si l’on observe les dynamiques humaines sans idéologie, une chose apparaît clairement : nous sommes animés par deux mouvements permanents. Recevoir et donner. Recevoir pour satisfaire nos besoins fondamentaux. Donner pour exprimer notre capacité à créer, transformer, contribuer. Ces deux mouvements ne s’opposent pas, ils se complètent. Lorsqu’ils sont déséquilibrés, les systèmes se grippent. Lorsqu’ils sont harmonisés, ils génèrent de la valeur durable.

L’entreprise fonctionne exactement selon ce principe. Elle reçoit des ressources — humaines, matérielles, financières — et les transforme pour produire quelque chose qui a du sens pour le groupe. Lorsqu’elle se contente de prélever sans contribuer réellement, elle s’épuise. Lorsqu’elle s’inscrit dans une logique de transformation utile, elle s’inscrit dans la durée. Ce principe est universel. Il s’applique à l’individu, au groupe, à l’organisation et à l’économie globale. Le nier revient à construire contre les lois mêmes du vivant.

6. Deux modèles de société, deux trajectoires opposées

« Une société se juge à la manière dont elle traite ses membres les plus vulnérables. »
— Mahatma Gandhi

À partir de là, une distinction devient incontournable. Il existe des systèmes économiques fondés sur l’intérêt particulier, l’accumulation, la domination et l’exploitation des dynamiques humaines. Et il existe des modèles fondés sur l’intérêt général, la contribution, la coopération et la mise en valeur du potentiel humain. Ces deux logiques ne conduisent pas au même résultat. La première produit du clivage, des tensions, des conflits. La seconde produit de la stabilité, de la prospérité et de la paix sociale.

Ce constat n’a rien de nouveau. Il a été formulé bien avant nous, y compris dans les sphères politiques et économiques les plus pragmatiques. La question n’est donc pas de savoir si ces modèles existent, mais lequel nous choisissons d’alimenter par nos décisions quotidiennes. Le marché ne fait qu’amplifier ce choix. Il ne crée pas la direction, il la révèle.

7. De l’économie circulaire à l’économie bleue : un changement de paradigme

« Les solutions existent déjà. Le problème est que nous ne les regardons pas. »
Gunter Pauli

L’économie circulaire a constitué une première étape importante. Elle a permis de remettre en question le gaspillage systémique et d’introduire la notion de boucle vertueuse. Mais elle reste insuffisante si elle ne s’appuie pas sur une compréhension profonde des dynamiques humaines. L’économie bleue va plus loin. Elle ne cherche pas seulement à réduire les dégâts, mais à créer des systèmes intrinsèquement bénéfiques, fondés sur l’intelligence du vivant, la coopération locale et l’abondance naturelle.

Gunter PAULI dit aussi qu’en projetant suffisamment d’intelligence sur n’importe quel problème celui-ci va fondre et se transmuter en solution

Ce changement de paradigme suppose un déplacement du regard. Il ne s’agit plus d’exploiter des ressources jusqu’à leur épuisement, mais de révéler des potentiels ignorés. Ce n’est pas un discours idéaliste. C’est une approche rigoureuse, exigeante, qui repose sur l’observation des écosystèmes naturels et leur transposition intelligente dans l’économie humaine. C’est dans cette dynamique que des initiatives locales peuvent devenir des leviers puissants de transformation.

8. Les synergies locales comme levier stratégique

« Penser globalement, agir localement. »
— René Dubos

Ces synergies ne relèvent pas de la magie au sens irrationnel du terme. Elles relèvent d’un processus. Lorsqu’on met en relation des besoins réels, des compétences existantes et une intention claire de contribution, il se produit quelque chose de mesurable, de concret, d’efficace. Ce qui semble “magique” n’est en réalité que l’accélération visible d’un enchaînement logique de causes et d’effets.

La Passerel-la[1] s’inscrit précisément dans cette logique. Créer un espace où les besoins peuvent être exprimés, où les compétences peuvent se rendre visibles, et où les relations se structurent sur une base éthique claire. Ce n’est pas un club de plus. C’est un dispositif vivant, aligné avec les lois naturelles des groupes humains et les exigences d’une économie durable. À ce niveau, la question n’est plus de savoir si cela fonctionne, mais à quelle vitesse et avec quelle qualité d’exécution.

Marc Roussel
Ordino
Le mercredi 14 janvier 2026


[1] La Passarel·la est un club d’affaires andorran conçu comme un espace de rencontres, de coopération et d’intelligence collective entre dirigeants, entrepreneurs et indépendants.
Sa vocation est de créer des ponts : entre les personnes, les compétences, les idées et les opportunités concrètes.
Au-delà du simple réseautage, La Passare·lla s’appuie sur des échanges structurés, des temps de réflexion partagés et une dynamique de confiance, afin de favoriser des relations durables, utiles et alignées.
Le club vise une économie relationnelle saine, fondée sur la clarté, la réciprocité et la création de valeur réelle pour chacun de ses membres.

[1] La Passarel·la est un club d’affaires andorran conçu comme un espace de rencontres, de coopération et d’intelligence collective entre dirigeants, entrepreneurs et indépendants.
Sa vocation est de créer des ponts : entre les personnes, les compétences, les idées et les opportunités concrètes.
Au-delà du simple réseautage, La Passare·la s’appuie sur des échanges structurés, des temps de réflexion partagés et une dynamique de confiance, afin de favoriser des relations durables, utiles et alignées.
Le club vise une économie relationnelle saine, fondée sur la clarté, la réciprocité et la création de valeur réelle pour chacun de ses membres.

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