Entre confiance et vigilance : comment un groupe survit aux attaques invisibles

26 Août 2025
ARTICLE PASSARELLA 3eme partie

La Passarel·la a connu un arrêt brutal il y a un an.

Ce n’était pas par manque d’envie ou d’idées, mais parce qu’un principe simple s’est vérifié :
dans tout conflit, il existe une troisième partie qui alimente la discorde.

Nous l’avons vécu de plein fouet. Une personne extérieure aux intentions toxiques a semé le trouble, et le groupe en a porté le coût. C’est une expérience douloureuse mais riche d’enseignements : nous savons aujourd’hui que l’énergie positive attire parfois des attaques, mais qu’une fois la « troisième partie » identifiée, il devient possible de reconstruire sur des bases solides.

Cette pause a donc été un temps nécessaire pour laisser retomber la poussière et permettre aux bonnes personnes, compatibles et constructives, de se retrouver.
C’est dans cet esprit que nous relançons aujourd’hui La Passarel·la, plus claire dans son intention, plus forte dans son unité.

La vie des groupes et les dangers invisibles

Introduction : l’énergie d’un groupe, une force fragile

Les groupes humains ont toujours été les moteurs de l’histoire.
De la famille primitive à la cité grecque, des corporations médiévales aux clubs modernes, il y a dans la réunion des personnes un potentiel créatif et protecteur qui dépasse de loin la somme des individus.

Mais cette force a un revers : elle est fragile. Un groupe soudé peut accomplir des merveilles ; un groupe divisé s’effondre à une vitesse surprenante. Il suffit d’observer l’histoire des nations, des associations ou même des familles pour constater que la majorité des destructions ne viennent pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. Et encore plus précisément : elles sont souvent provoquées par des causes invisibles.

Ce qui mine les groupes, ce n’est pas toujours l’ennemi déclaré, ni l’obstacle objectif, mais la petite fissure, la rumeur chuchotée, le doute instillé, le mensonge répété. Ces influences destructrices passent souvent inaperçues, et pourtant elles ont le pouvoir de faire exploser les relations les plus solides.

« L’union fait la force » dit la devise de l’Andorre.
Mais Jules César, qui connaissait l’art de régner, ajoutait : « Diviser pour régner. »

Deux vérités opposées, et pourtant indissociables : tout groupe humain est porté par son unité… et vulnérable à la division.

I. Le mécanisme caché de la discorde

Quand deux personnes, deux équipes ou deux peuples s’affrontent, tout semble clair : voilà deux adversaires aux intérêts contraires. Mais à y regarder de plus près, on découvre souvent qu’il existe un acteur invisible, un élément perturbateur qui ne se montre pas, mais qui alimente le conflit.

Ce mécanisme, chacun l’a déjà vu à petite échelle :

  • une collègue qui colporte des rumeurs au bureau,
  • un voisin qui souffle sur les braises d’une querelle familiale,
  • un conseiller ou un média qui nourrit l’hostilité entre nations.

Le mobile est presque toujours le même : jalousie, peur de perdre son influence, besoin de contrôle, ou simple compulsion destructrice. Et le moyen le plus courant est tout aussi universel : les faux rapports.

Un faux rapport, c’est une information mensongère ou tronquée, donnée comme un fait. Cela peut être une rumeur (« il a dit que… »), une perception exagérée (« je l’ai vu faire ça ») ou une accusation sans preuve (« elle agit contre toi »). À force de répéter, ces faux rapports prennent l’allure d’une vérité. Et peu à peu, la confiance s’effrite.

Mark Twain l’avait résumé avec une ironie mordante :

« Le mensonge fait le tour de la terre avant que la vérité ait mis ses chaussures. »

II. Trois exemples concrets de conflits alimentés de l’ombre

1. Entre nations : la guerre des rumeurs

L’histoire moderne regorge d’exemples où la manipulation de l’information a déclenché des conflits aux conséquences dramatiques.

En 2003, la guerre d’Irak a été justifiée devant le monde entier par une « preuve » devenue célèbre : la possession d’armes de destruction massive par Saddam Hussein. Des rapports officiels, relayés par des gouvernements et amplifiés par les médias, ont convaincu l’opinion publique qu’une intervention était nécessaire.

Or, après des années de guerre et des milliers de morts, il est apparu que ces armes n’existaient pas. Le conflit s’était nourri d’un faux rapport, d’une rumeur institutionnalisée. Et les nations qui avaient cru défendre la sécurité mondiale ont découvert qu’elles avaient été manipulées.

Plus loin dans l’histoire, on pourrait remonter à la guerre de Troie : ce conflit mythique n’aurait jamais duré dix ans si les Grecs et les Troyens n’avaient été piégés par un enchaînement de tromperies, de récits biaisés et d’orgueil attisé par des rumeurs. Le cheval de bois, lui-même, n’était qu’une ruse exploitant la crédulité d’un peuple.

Moralité : entre nations, la discorde naît rarement d’un seul désaccord objectif ; elle est souvent entretenue par ceux qui ont intérêt à voir les deux camps s’affaiblir mutuellement.

2. Dans la société : l’affaire Dreyfus et la fracture française

La fin du XIXᵉ siècle en France a été marquée par une division profonde, qui a fracturé le pays en deux camps irréconciliables.

En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus est accusé de trahison. La preuve principale ? Un document falsifié. Un faux rapport, encore une fois. L’affaire aurait pu rester confinée à une erreur judiciaire, mais elle a été alimentée par des campagnes de presse, des rumeurs antisémites et des accusations croisées.

Résultat : pendant plus de dix ans, la France s’est déchirée entre dreyfusards et antidreyfusards. Familles divisées, partis politiques opposés, institutions ébranlées. Et tout cela à partir d’un mensonge initial.

Émile Zola, dans son célèbre « J’accuse », avait pointé le vrai problème : l’injustice ne venait pas seulement d’une erreur, mais du refus collectif de chercher la vérité derrière les faux rapports.

« La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera. » — Émile Zola

Ce conflit a laissé des cicatrices durables dans la société française. Et il montre combien un groupe — une nation entière, en l’occurrence — peut être brisé par une manipulation invisible.

3. Dans une famille : la querelle attisée

Les exemples sont innombrables dans la sphère intime. Prenons une situation simple : deux frères s’éloignent l’un de l’autre. Chacun est persuadé que l’autre a dit du mal de lui, ou a agi dans son dos. Les rancunes s’accumulent. Les repas de famille deviennent des champs de bataille silencieux.

En réalité, à l’origine, il n’y a rien. Ou plutôt, il y a quelqu’un : une personne jalouse de leur complicité, ou un proche frustré de ne pas avoir la même place dans la famille. Alors, cette personne glisse une phrase ici, une insinuation là : « Tu sais ce qu’il a dit sur toi ? », « Il pense que tu n’es pas fiable », « Elle ne te respecte pas ».

À force d’entendre ces petites piques, les deux frères finissent par y croire. Et la relation se dégrade. Tout cela pour satisfaire l’ego blessé d’une tierce personne.

« La famille est censée être notre refuge, mais bien souvent c’est l’endroit où nous trouvons la source des plus grandes douleurs. » — (adaptation d’une pensée d’Henri Nouwen)

Ces fractures, parce qu’elles touchent à l’intime, sont parfois irréparables. Et pourtant, elles reposent rarement sur des faits concrets, mais sur des paroles empoisonnées.

III. Leçons à tirer pour les groupes

Ces trois exemples — une guerre, une nation divisée, une famille déchirée — ont un point commun : le rôle décisif des informations fausses ou manipulées.

Un groupe qui ignore ce mécanisme est vulnérable.
Car ce qui le détruit n’est pas forcément la difficulté objective, mais la perte de confiance entre ses membres. Et cette perte de confiance est presque toujours alimentée par une main invisible qui colporte des mensonges.

Les clubs, associations ou entreprises n’échappent pas à la règle. L’histoire de La Passarel·la en est une illustration : un groupe plein d’énergie positive a été stoppé net, non par manque de motivation, mais parce que des personnes toxiques ont introduit de la division.

C’est une leçon dure, mais précieuse : pour durer, un groupe doit savoir que ce mécanisme existe, et se protéger de ses effets.

IV. Une mini-technique de préservation collective

Heureusement, il existe des moyens simples de se protéger. Pas des forteresses ou des règlements compliqués, mais des principes clairs que tout groupe peut appliquer.

  1. Ne jamais agir sur un ragot.
    Un groupe sain refuse de prendre des décisions sur la base de rumeurs.
  2. Toujours vérifier par soi-même.
    Avant de juger un membre, il faut recouper les informations, confronter les faits, entendre la personne concernée.
  3. Favoriser la communication directe.
    Si quelqu’un a un reproche à faire, il doit le dire à la personne concernée, pas en coulisses.
  4. Nommer le mécanisme.
    Connaître l’existence de ces influences destructrices permet de ne plus s’y laisser prendre.

Thomas Jefferson avait raison :

« Le prix de la liberté, c’est la vigilance éternelle. »

La liberté d’un groupe, c’est sa capacité à rester uni malgré les tentatives de division. Et cette vigilance commence par le refus d’avaler des mensonges.

Conclusion : un groupe qui connaît son antidote

La vie des groupes est une aventure fragile et précieuse. Leur force vient de l’unité, leur faiblesse des divisions. Mais en apprenant à repérer le mécanisme invisible des faux rapports et des rumeurs, ils peuvent se protéger durablement.

La Passarel·la en a fait l’expérience. Après une pause nécessaire, le groupe repart avec une conscience plus claire : l’énergie positive attire parfois des attaques, mais un collectif qui se connaît et qui s’accorde sur ses règles de préservation devient invincible.

Le message est simple :
Un groupe uni est plus fort que n’importe quelle rumeur. La discorde peut naître d’un mensonge, mais la vérité partagée restaure toujours la confiance.

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